Apprendre aux petites filles à maîtriser l’argent : Pourquoi Evvest veut sensibiliser les mères ?
Pour Evvest, plateforme d’investissement dédiée à l’autonomie financière des femmes, l’éducation financière est bien plus qu’une question d’épargne : c’est une question d’égalité. Derrière les écarts persistants de patrimoine entre femmes et hommes se cache une racine souvent invisible : la relation à l’argent se construit dès l’enfance, et elle n’est pas la même pour tous. Dans les familles comme à l’école, les filles reçoivent des messages plus prudents, les garçons des encouragements à oser. Des biais précoces, profondément ancrés, qui influencent toute une vie.
Pour Anne-Laure Frischlander-Jacobson, fondatrice d’Evvest, il est temps de changer les codes : « On ne naît pas investisseuse, on le devient. Et tout commence dans l’enfance. Si l’on n’enseigne pas aux petites filles que l’argent est un outil de liberté, elles grandissent souvent avec l’idée qu’il faut le mériter, pas le maîtriser. »
L’argent de poche : un outil éducatif, pas une récompense
Vers l’âge de raison, autour de huit ans, les enfants commencent à comprendre la valeur de l’argent et à faire des choix simples : économiser, différer un achat, planifier un projet. C’est donc le moment idéal pour leur confier une petite somme régulière, entre 3 et 5 euros par semaine, afin d’expérimenter la gestion de leur premier budget.
Mais ce rituel, en apparence anodin, révèle souvent des inégalités invisibles. Selon une étude de la Fédération bancaire française, les filles reçoivent en moyenne deux euros de moins par mois que les garçons. Un écart symbolique qui traduit une réalité éducative : on enseigne encore trop souvent aux filles la prudence et la retenue, tandis que les garçons sont encouragés à la prise d’initiative.
Pour Anne-Laure Frischlander-Jacobson, cette distinction est lourde de conséquences : « Dès le plus jeune âge, les filles apprennent à gérer, pas à investir. Si on ne leur donne pas confiance dans leur capacité à faire fructifier leur argent, on les prive d’un levier de liberté future. »
Autre principe clé : l’argent de poche ne doit pas être lié aux tâches domestiques. Participer à la vie du foyer fait partie du collectif familial, pas d’un échange marchand. Détacher cette somme de toute contrepartie permet à l’enfant – fille comme garçon – de comprendre que l’argent n’est pas une récompense, mais un outil d’apprentissage.
Apprendre à décider : le jeu des trois tirelires
L’éducation financière passe par des gestes simples. Parmi eux, le jeu des trois tirelires est un excellent exercice : une pour dépenser, une pour épargner, une pour donner.
Chaque pièce devient alors une décision. Faut-il se faire plaisir aujourd’hui, économiser pour plus tard ou partager avec les autres ? Ce rituel développe le sens des priorités, la patience et la générosité. Il transmet surtout une idée essentielle : ne pas tout dépenser tout de suite, c’est ouvrir le champ des possibles.
Le jeu, une première école de la finance
Parce que parler d’argent peut être délicat, le jeu offre un terrain d’apprentissage naturel et ludique.
Les classiques Monopoly ou La Bonne Paye permettent d’expérimenter les revenus, les dépenses, les placements, les imprévus… et d’aborder des notions essentielles comme le risque ou la gestion. Ces moments de jeu posent les bases d’une culture financière accessible à tous les enfants, sans pression ni jugement, et redonnent aux filles la légitimité d’aborder ces sujets sans tabou.
Planter une graine : comprendre la valeur du temps
L’un des piliers de l’éducation financière est la compréhension de la valeur du temps. Montrer qu’un petit effort régulier peut se transformer en somme importante permet d’ancrer une vision long terme.
Un exemple concret : 50 euros investis chaque mois sur une assurance-vie dès les 8 ans de l’enfant, avec un rendement moyen de 8 %, peuvent atteindre 14 600 euros à 23 ans, puis 24 600 euros à 28 ans. Observer ensemble cette évolution, année après année, apprend la patience, la vision, et la confiance dans l’investissement.
Briser les biais, libérer la confiance
Les filles sont encore moins exposées aux discussions financières et moins encouragées à prendre des risques. À l’âge adulte, ces biais se traduisent par un comportement plus prudent : elles épargnent davantage, mais investissent moins, ce qui contribue à l’écart de patrimoine observé entre les sexes.
Pour Anne-Laure Frischlander-Jacobson, la solution est dans l’éducation : « Il faut enseigner aux filles que l’argent est une ressource, pas une menace. Leur apprendre à le comprendre, à le faire grandir, c’est leur donner la clé de leur autonomie. »
Cinq clés pour une éducation financière égalitaire
- Donner le même montant à chaque enfant, sans distinction de genre.
- Instaurer un rituel régulier d’argent de poche, sans lien avec les corvées.
- Introduire le jeu des trois tirelires : dépenser, garder, donner.
- Parler d’argent librement en famille, pour lever les tabous et les biais.
- Montrer la puissance du temps à travers un petit placement suivi ensemble.



